lundi, novembre 26, 2018

Amanda


Avec Ce sentiment de l'été, le réalisateur Mikael Hers nous parlait du temps de la reconstruction après un deuil soudain avec sensibilité, délicatesse; mais il laissait du temps au temps.
Dans ce scénario il y a une petite fille de 7 ans et cette fois la reconstruction doit se faire dans l'urgence, autour d'elle, pour elle, avec une unité de lieu, son école, qui impose à son jeune oncle de jongler avec le temps.
L'interprétation de Vincent Lacoste en jeune adulte aimant, responsable mais dans une phase encore précaire de son avenir professionnel et amoureux est exemplaire. Il met en valeur un scénario davantage centré sur le ressenti, les relations, le devenir que sur le réalisme du quotidien. On est dans un contexte toujours bienveillant, même Paris est calme et verdoyant!
La critique a salué unanimement un beau film qui va à l'essentiel, qui met au premier plan l'attention à l'autre, le dépassement de son chagrin pour construire un futur.

dimanche, novembre 25, 2018

Célébration


1998-2001, Olivier Meyrou tourne un documentaire au sein de la maison de Haute Couture Yves Saint Laurent qui vit ses festivités de fin de règne.
 Son créateur n'est plus que le fantôme de lui-même: usé, vacillant, absent, il est déjà dans un autre monde (l'image de l'affiche est volontairement floue). Mais son mentor veille. Le nom, le prestige, les pièces mythiques des collections doivent perdurer et Pierre Bergé gère, très bien, l'après Yves Saint Laurent. Les locaux de l'avenue Marceau deviendront musée.
Le documentaire a été monté et présenté à la Berlinale de 2007 mais Pierre Bergé s'est opposé de son vivant à sa diffusion.
C'est donc le troisième opus cinématographique en moins de deux ans sur ce créateur; celui-ci est pathétique, émouvant et dérangeant. Le génie rime souvent avec l'autodestruction, et pas seulement pour des artistes seuls comme Van Gogh.
Yves Saint Laurent était admiré, reconnu, disposait d'une structure organisée qui l'épaulait, l'aimait le portait.  Mais son angoisse était permanente, immense, insupportable. Poids trop lourd d'une entreprise qui transforme la création en un instrument de pouvoir et d'argent ou ego trop surdimensionné pour se confronter à des exercices obligés tels que la présentation de ses collections? C'est le tribut payé par de nombreux grands artistes et ce témoignage là est poignant.

Mauvaises herbes


Catherine Deneuve et Alain Dussolier en banlieue, cela ne fonctionne pas vraiment... Mais Kheiron et Catherine Deneuve oui! Kheiron éducateur bénévole d'ados en rupture de bancs d'écoles oui!
Le quotidien de ce trentenaire vivant d'arnaques qui va réussir à faire ses preuves dans « la dynamique d'insertion de jeunes en difficulté scolaire» (et ce n'est pas donné à tout le monde!) est raconté avec une vivacité de dialogues, un rythme de l'action et une bonne humeur communicative. En revanche, l'évocation en flash backs d'une enfance traumatisante au Moyen Orient ne fonctionne pas bien non plus.
Après son premier film autobiographique
Nous trois ou rien, on s'attendait peut-être à un peu plus de cet humoriste, rappeur, qui arrive cependant à nous faire sourire même dans des décors de parking de supermarché!

dimanche, novembre 18, 2018

Bohemian Rhapsody


Un biopic convenu sur un groupe atypique... Oui, mais l'ambiance des concerts de Queen est là, spécialement pour le final à Wembley en 1985 lors du concert Live Aid.
La distribution des quatre chanteurs du groupe est excellente et la prestation de Rami Malek éblouissante, il est vraiment Freddy Mercury.
L'accent est mis davantage sur l'aventure musicale du groupe que sur le côté sombre de son chanteur mythique. C'est bien cet héritage qui compte ; Queen will rock us encore et encore...

vendredi, novembre 16, 2018

The Spy gone North


Ce thriller d'espionnage palpitant mais souvent glaçant nous entraîne vers les deux Corée dans les année 90. Les deux camps, le Sud et le Nord, vont s'affronter, collaborer, négocier, tricher, se venger, se retrouver..
Ce sont toutes les ficelles géopolitiques et toutes les complexités de la nature humaine qui sont explorées dans cette opération montée par les services secrets sud-coréens.
L'officier Black Venus qui va réussir à rencontrer les dignitaires du Nord et son chef suprême a vraiment existé.Son chemin sera long, exigeant... On est effrayé, captivé, ému... Les interprètes sont excellents et les décors impressionnants.
Le début démarre un peu lentement mais il faut rester attentif pour observer et comprendre les méandres imaginés par des hommes pour piéger d'autres hommes ou gagner une élection....

Un Amour impossible


Logique que Catherine Corsini adapte le livre autobiographique de Christine Angot: cette cinéaste sait nous parler de ce qui fait vibrer les femmes et elle a réalisé deux films justes et émouvants sur le thème de l'appartenance de classe (Partir, Trois mondes).
C'est une troisième femme, Virginie Efira qui rend possible cette appropriation d'un récit qui se déroule sur plus de trente ans. Elle interprète aussi bien la jeune femme follement amoureuse de 25 ans que celle de 60 ans meurtrie par les humiliations imposées par sa fille et par son amant.
Le film est très réussi sur toute la période nous décrivant la vie ordinaire d'une femme seule élevant dignement sa fille dans les années 60. Son aveuglement quant à la nature des rapports qui lieront le père (Niels Schneider) à l'adolescente qu'il accepte enfin de reconnaître serait aussi le nôtre si nous ignorions l'histoire de l'écrivaine.
Mais le film dure 2H15 et on aurait aimé qu'il soit coupé des 30 dernières minutes, redondantes, bavardes, pleines de rancœur justifiée mais qu'il n'était plus la peine d'expliciter.


jeudi, novembre 08, 2018

Un Homme pressé


Le livre autobiographique de Christian Streiff ne paraît pas pas avoir été adapté en finesse.....(à lire au plus vite pour juger)
Exigences d'un cinéma commercial, dérive scénaristique ? Le portrait de ce grand patron d'industrie et de son contexte professionnel et privé verse dans le caricatural...Il fallait bien sûr qu'il soit inhumain, désagréable, maniaque, égocentrique... On lui laisse quand même l'amour du travail, un projet noble d'une belle voiture électrique et la dignité.
Heureusement les acteurs, Fabrice Luchini et Leila Beikthi ( le meilleur espoir féminin de Tout ce qui brille) nous ramènent au cœur du sujet par leur interprétation juste et sans esbroufe.
Le thème de la « reconnexion » après un AVC est grave ; certains spectateurs ont du se tromper de salle lorsqu'ils rient aux lapsus du malade. Cette reconquête d'une vie enrichissante et épanouissante se fait d'autant plus difficilement que la marche du piédestal est haute; la victoire force d'autant plus l'admiration.
Christian Streiff apparaît dans un second rôle, on peut l'applaudir lui en premier et son histoire qui sera ainsi plus connue donnera force et espoir à tous ceux qui se battent après un accident de la vie. 
Mais c'est aussi le talent de Fabrice Luchini, cet amoureux des mots, qui va ici les tordre, les casser, les oublier pour mieux nous les faire aimer, que l'on salue.
Chapeau bas à tous les deux (une grenouille pour chacun)!

mardi, novembre 06, 2018

Le Grand bain


Au début on pense à un film de potes, le tournage a dû être sympa... Mais on se sent un peu exclu.
A la différence de En Liberté ( je persiste et signe...), le ressort comique  choisi pour ce que l'on pense être une comédie, c'est le choix d' acteurs dits comiques. On attend d'eux qu'ils fassent rire ( et la salle réagit dès qu'ils entrent en scène), pas nécessairement en finesse. Lourdauds ils le sont aussi à la piscine, ce n'est donc pas sur ce registre qu'ils vont faire briller nos yeux.
Deux acteurs Mathieu Almaric et Guillaume Canet ne jouent pas d'habitude dans cette catégorie et le premier (Bertrand le dépressif) est dès l'abord émouvant et permet que l'on s'intéresse au périple de l'équipe. Quant au second (Laurent le directeur d'usine), son rôle antipathique, cassant, brutal est à contre emploi par rapport au capital sympathie habituel de l'acteur et nous interpelle (un peu).
Au fil des dialogues et des situations de ces hommes et de cette femme (Virginie Efira) en perdition, le film s'avère être une comédie dramatique, on ne rit plus du tout. Leur aventure pour décrocher la médaille prend la dimension d'un sauvetage. On ne nous épargne pas toutes les fêlures, cassures et autres dysfonctionnements de nos vies privées. Mais la fin permet de classer ce grand bain à remous dans les «feel good movies»...
Un mélange (ou une confusion ) des genres? Gilles Lellouche, sait  convaincre comme acteur dans tous ces registres; a-t-il a voulu, pour sa première réalisation en solo, offrir cette chance à un grand nombre d'excellents comédiens? Les chiffres ont parlé,il a réussi à attirer les foules: plus d' 1,5 millions de spectateurs à ce jour....

lundi, novembre 05, 2018

Le Grand Bal


En 2016, deux équipes l'une de jour, l'autre de nuit ont filmé le Grand Bal, un événement organisé chaque été dans l'Allier par l'Association Européenne de Danse Traditionnelle. Deux mille danseurs y évoluent sur les parquets de bois de 7 chapiteaux pour sept jours et huit nuits.
Dans un tourbillon incessant, jeunes ou moins jeunes venus de tous horizons,  amoureux de «bal trad», se retrouvent, dans une atmosphère décontractée, festive et communautaire pour cette parenthèse joyeuse et vivifiante.
La réalisatrice, Laetitia Carton, fait partie de ces inconditionnels et son plaisir se veut communicatif. Son documentaire s'attache autant à filmer les danseurs que les musiciens, leur joie, leur enthousiasme, leur implication malgré les difficultés liées au coté nomade (l'installation d'un plateau de musique a ses contraintes logistiques  même si ce n'est pas les Rolling Stones). Les visages sont souriants, épanouis. Dans les danses de groupe on perçoit bien la joie d'être ensemble et l'énergie qui les porte. Et lorsque les couples s'enlacent, virevoltent, se laissent emporter par le rythme ou la sensualité, leur plaisir ou leur désir est palpable.
La patte féminine de ce documentaire est évidente mais elle réduit un peu la tentative d'approche globale du rôle sociétal de la danse.Les freins mentionnés à sa pratique: harcèlement, sentiment de défaite quand on fait banquette, nécessité d'être plus technique quand on est plus vieille ou moins gironde...sont essentiellement féminins, il doit bien y avoir aussi des «blocages» coté masculin? Les considérations métaphysiques de la voix-off illustrées par un cercle de danseurs les yeux fermés, en introspection apparaissent un peu superflues. Heureusement on enchaîne vite avec le dynamisme et la joie de vivre de la Scottish finale! C'est cette impression qui reste et qui donne à ce documentaire son qualificatif de réconfortant.


Capharnaüm


Qu'importe la forme, ce film coup de poing nous interpelle grâce non pas à sa réalisatrice Nadine Labaki, mais à un petit garçon de 12 ans, Zain, qui vivait dans un bidonville de Beyrouth; il y interprète son propre rôle, enfin presque et la différence est de taille car ses parents à lui sont aimants, il peut donc supporter de porter le lourd message à passer. Zain a bouleversé le jury de Cannes et tous les spectateurs. Dans une jungle urbaine où l'homme est un loup pour l'homme et a fortiori pour les enfants, il sait garder dignité, compassion, sang froid et une attention très tendre pour ce bébé qui lui est confié comme il s'était senti responsable de sa sœur.
Tous les sujets abordés dans le film font peur: pauvreté, maltraitance des enfants, statut de Beyrouth au cœur du problème de l'émigration syrienne et éthiopienne, sort de filles mariées trop jeunes, limitation des naissances, emprisonnement des enfants. Un film peut-il aider à faire progresser la situation ? Pour Zain et sa famille accueillis en Norvège, il permettra au moins de ne plus limiter le mot avenir à la seule survie quotidienne.