jeudi, avril 05, 2018

A l'heure des souvenirs


Le réalisateur Ritesh Batra (The Lunchbox) a eu carte blanche pour adapter le roman de Julian Barnes Une Fille, qui danse mais c'est parfois avec maladresse qu'il enchaîne les flash-backs de la vie estudiantine de ses personnages aujourd’hui sexagénaires interprétés par des acteurs différents bien sûr ; tout le monde n'a pas le talent de Spielberg qui sait si bien réaliser un montage où la fluidité entre un personnage réel et son avatar virtuel est totale !
On reste donc un peu sur sa faim par rapport à un sujet qui était prometteur (quel tri de nos souvenirs fait-on inconsciemment ou non au fil des années ?) mais la subtilité de l'interprétation de Jim Broadbent, son humour et son art de « l'understatement » nous charment malgré tout . On prend plaisir aussi à reconnaître les acteurs anglais des films tels que Match Point et/ou de la série Downtown Abbey.

dimanche, mars 11, 2018

EVA


Gaspard Ulliel sauve ce qu'il peut dans ce mauvais film de Benoît Jacquot, un réalisateur que j'apprécie et qui pourtant réunissait pas mal d'atouts : son thème de la culpabilité tiré d'un roman noir de James Hadley Chase, son actrice fétiche Isabelle Huppert.
Mais c'est plat, répétitif, cela sonne faux.... Et pourtant le jeune acteur qui semble une fois encore se mettre dans les pas de Pierre Niney (comme si nous n'étions pas déjà convaincus après son interprétation de Yves Saint-Laurent qu'il nous émeut plus au cinéma ) qui interprétait un personnage usurpateur d'un roman dans Un Homme idéal , nous prouve son talent .
Mais un point positif, je vais visionner le film original de Joseph Losey (1962) avec Jeanne Moreau dans le rôle titre.

samedi, février 24, 2018

Phantom thread

Le réalisateur américain prodige Paul Thomas Anderson qui fait partie pour la journaliste Saron Waxman des Six Samouraïs qui ont réveillé Hollywood , nous avait éblouis avec There will be blood.
C
e nouveau film pourrait être un autoportrait avec ce personnage névrosé d'un grand couturier anglais, inspiré par l’œuvre des couturiers Charles James et Balenciaga. Et dans son interview à Télérama il dit aussi en avoir eu l'idée alors qu'il était malade et qu'il mesurait combien alors il était dépendant de l'affection de ses proches....
Il a cumulé ici le rôle de réalisateur et de directeur de la photographie (superbe) et s'est entouré de son acteur de prédilection pour incarner des pervers torturés, Daniel Day-Lewis (impeccable) et a collaboré à nouveau avec le guitariste de Radiohead Johny Greenwood pour créer une symbiose entre musique et atmosphère tourmentée et inspirée.
Comme tous les« Grands » il s'inspire des Maîtres et les cinéphiles avertis ne manquent pas de citer les références à Hithchcock ( Rebecca pour le personnage de la sœur alias mrs Denver ), Visconti (pour l'évocation du fantôme de la mère)......
Le titre est aussi sophistiqué que la réalisation puisqu'il évoque le « fil invisible » des messages cousus dans les ourlets pour les porteurs des œuvres uniques créées par l'artiste.

Au final, comme les robes du créateur, ce film impressionne plus qu'il ne charme et n'émeut, comme si chaque plan magnifique (en particulier les deux scènes de « dégustation » , le breakfast dans l'auberge et la fameuse omelette) était sous-titré avec la mention « attention chef-d'oeuvre ». Mais pourquoi se priver de voir de beaux et grands films même si on ne rêve pas de s'habiller en haute-couture ?

vendredi, février 23, 2018

Wajib, l'Invitation au mariage

Cette journée dans Nazareth en compagnie d'un père et son fils ( au cinéma comme dans la vie) qui vont distribuer de porte en porte le faire-part (wajib) d'invitation au mariage de leur fille et sœur permet à ce film d'être à la fois intimiste et sociopolitique.
Sa réalisatrice palestinienne, émigrée aux Etats-Unis nous invite bien sûr à partager sa réflexion personnelle sur la distance à prendre (géographique, culturelle et politique) avec le conflit israélo- palestinien et sur la cohabitation  dans cette grande ville arabe.
Mais elle sait aussi donner la dimension générationnelle à cette confrontation entre un père vieillissant et son fils émigré qui vont devoir entamer à nouveau le dialogue.

Un très beau film qui m'a laissée une impression plus apaisée que l'Insulte (que j'ai trouvé plus formel, moins feutré) malgré le mal-être très bien exprimé et ressenti.

mardi, février 20, 2018

Le Retour du Héros

 Jean Dujardin en anti-héros d'opérette, c'est un rôle dans lequel il est à l'aise et pour lequel nous nous précipitons pour participer à son show comme toute la bonne société provinciale sous l'Empire qui nous est ici reconstituée.... Mais cette roublardise joue cette fois pour moi en sa défaveur, j'ai mis trop de distance pour participer sans retenue, comme le fait Mélanie Laurent que l'on croirait ici sortir tout droit d'un roman de Jane Austen (pour notre plus grand plaisir) !

Jusqu'à la garde

Je ne connaissais pas le parcours du réalisateur Xavier Legrand dont c'est le premier long métrage mais qui avait déjà  fait un court métrage sur le sujet des femmes battues .... Le sachant je ne me serais pas fourvoyée.... tout comme Madame la Juge!
J'ai cru jusqu'à la scène du déjeuner chez les grands parents à de l'obstination et de la rancune de la part de la mère engendrant de  la colère et donc la violence contrôlée de son ex. Je n'avais pas vu la peur chez le petit garçon ne le considérant que comme un enfant manipulé alors qu'il essayait simplement de protéger sa mère ; un critique a du faire la même analyse car il conseille de revoir le film pour en faire une relecture en ayant tous les éléments  pour mieux apprécier le savoir-faire du cinéaste qui déroule implacablement la montée de la violence et pour mieux observer ce jeune garçon dont on ne peut qu'admirer le talent pour un rôle si difficile psychologiquement.

L'Apparition

Le réalisateur de A l'Origine,  Xavier Giannoli, journaliste de formation,  choisit de traiter sans manichéisme  mais avec le réalisme attaché à cette profession un sujet théologique : la Foi.
Dans ce scénario, si la Foi ne fait pas se déplacer  les montagnes, elle attire dans un petit village des Alpes du Sud des milliers de pèlerins qui viennent chercher du réconfort en vénérant une relique et en touchant «  celle qui a vu la Vierge Marie ».
Mais c'est surtout la souffrance qui est ici filmée, qu'elle prenne le visage tourmenté de Vincent Lindon ou le regard angélique de la jeune actrice Galatea Bellugi . Ces deux acteurs sont totalement investis dans leur personnage et le charisme personnel du journaliste interprété avec une telle intensité par l'acteur donne une dimension particulière et influence le déroulement des faits ( et fausse donc à mon avis un débat plus objectif sur le thème principal). D'ailleurs c'est tant l'enquête que la personnalité riche mais troublante du journaliste enquêteur et son parcours de reporter de guerre au Moyen-Orient qui vont porter la souffrance de la jeune novice à son paroxysme.
Et dans le même temps le spectateur va passer du sacré au profane, du documentaire sur une enquête canonique qui allait se révéler passionnante à une fiction genre thriller qui s'avère plus banale . Le mystère demeure bien sûr !

jeudi, février 08, 2018

L'Insulte

Pour nous inviter à nous intéresser à ce film sur le Liban réalisé par Ziad Doueiri on nous rappelle qu'il est le réalisateur de Baron Noir ….Pour moi sa référence est plutôt L'attentat (2013) mais ce qui est certain c'est que son parcours et sa filmographie confirment sa connaissance des fractures du Moyen Orient et sa grande pratique du drame politique.
C'est donc un film efficace pour comprendre les tensions du Liban d'aujourd’hui liées aux blessures du passé (je cite la critique du Nouvel Obs que j'ai trouvée très conforme à mon impression de ce film où j'ai vu aussi le «  basculement d'un sous-Asghar Farhadi ("la Séparation"), trop volontariste dans sa mécanique, à un film de prétoire plus convaincant ».

samedi, février 03, 2018

Wonder Wheel


C'est un film de genre style années 50, à la manière du Facteur sonne toujours deux fois, un film noir où personne n'échappe à son destin.
Le personnage central est une femme bouleversante, magnifique, théâtrale à laquelle Kate Winslet donne tout le registre de son talent comme Cate Blanchett avait donné à Blue Jasmine son empreinte indissociable du film lui-même.
Le décor de Coney Island était un atout mais son côté décadent et factice n'apportent pas le brio que l'on attend de Woody Allen ( comme dans Cafe Society) et l'humour est absent sans doute pour rester vraiment dans le style mélodramatique,  un exercice qu'il réussit sans toutefois y apporter vraiment cette fois une touche indélébile.