jeudi, octobre 18, 2018

First Man- Le Premier homme sur la lune


« ici la base de la Tranquillity. L'Aigle a aluni » . Les baby-boomers et les 400 autres millions de téléspectateurs se souviennent de ce 21 juillet 1969 ; ils peuvent tous dire où et avec qui ils étaient en ce jour mémorable (c'était le sujet de conversation des spectateurs en sortant de la projection...). Le monde extraterrestre était là, pour de vrai, sous les pieds  de Neil Amstrong! Jugé par la NASA plus susceptible d'assumer son rôle de héros planétaire que son coéquipier Buzz Aldrin, c'est lui que l'on associera dans l'Histoire au succès de la mission Apollo11 .
C'est l'épopée de cet homme modeste que nous restitue Damien Chazelle, le réalisateur de La La Land et de Whiplash jusque la plus habitué des studios d'enregistrement de musique et de danse que de Cap Canaveral .
Il nous parle donc surtout de l'homme, de la pression qu'il subit et nous fait découvrir son interprétation de la motivation profonde qui lui a permis d'endurer tant de souffrances.
En choisissant pour ce rôle Ryan Gosling, un acteur hors du commun lui aussi, cette descente dans les abysses de ce qui fait le ressort de la volonté et de l'essence même des grands hommes, devient possible. Leur alchimie est comparable à celle qui a permis à Jacques Gamblin de raconter dans son nouveau spectacle qui est vraiment Thomas Coville, le héros des mers.
Les sensations fortes du quotidien des astronautes nous sont restituées ( en partie heureusement!) dans une cabine de pilotage ou une capsule grâce à notre proximité du tableau de bord où les voyants s'affolent, à un vacarme épouvantable et à notre empathie avec ces hommes dont on perçoit  les douleurs induites par les vibrations.
L'opposition entre la normalité de la vie de famille, des barbecues entre voisins ( tous à la NASA quand même) aux  jeux avec les enfants, et l'exigence de l'investissement pour supporter l’entraînement apparaît comme un grand écart absolu.
Le grand écart ira jusqu'à rendre impossible  toute forme de contact amical ou affectif  même avec ses enfants. A mesure que  l'objectif à atteindre se rapproche, Niels s'éloigne des  siens. Une barrière  s'établit  entre un héros qui  revient sur la terre ferme et l'homme ordinaire qui tente d'ouvrir ses bras rendant l'étreinte impossible (dixit... Jacques Gamblin) . La scène admirable des retrouvailles avec sa femme, Claire Foy à l'écran,  lors de sa quarantaine illustre ô combien ce propos.
Combinant à  la fois l l'aspect intimiste de cette odyssée, tout en nous montrant les images  saisissantes de cette avancée scientifique et sans pour autant éluder le contexte politique et social, car les étapes de ce programme aérospatial ont été jugées bien  coûteuses en vies humaines et en budget à supporter par le peuple américain, ce film est réellement "universel" et peut réunir tous les publics.
Toutefois, certains estimeront que la complaisance à décrire le mode de vie à l'américaine, l'imaginaire lié à la lune très appuyé et un sentimentalisme exacerbé par une musique parfois sirupeuse, accentuent le qualificatif de grandiloquent que l'on peut associer à ce genre de film et spécialement les films américains.

dimanche, octobre 14, 2018

Nos Batailles


Le second long-métrage de Guillaume Senez, après Keeper qui traitait déjà du thème de la paternité, sonne juste et fort. Son cinéma le faisait s'apparenter aux frères Dardenne disait alors la critique et pas seulement parce qu'il est belge lui aussi.
Le réalisateur aborde la vie familiale avec un humanisme qui nous emmène au plus près de la réalité comme si la caméra en était absente. Et pourtant il s'agit de relater un bouleversement qui emmène père et enfants loin du train-train boulot, dodo car la mère quitte brusquement le domicile sans laisser d'adresse.
On saura peu de choses sur les causes du départ de Laura, une femme lumineuse à l'extérieur (interprétée par Lucie Deray) qui laisse ignorer à ses proches son mal-être. Sa maladie est-elle causée par son hypersensibilité aux malheurs de son entourage, par le désintérêt de son mari plus tourné vers l'action à l'extérieur plutôt que vis à vis de ses proches ou par le sentiment de culpabilité qu'elle a pu développer suite à la grave brûlure causée à son fils ?
Le film raconte, sans donner la solution, la vie à reconstruire après... Faire face ! Romain Duris interprète sans pathos, cette difficile conversion à un double rôle de chef de famille monoparentale et de travailleur impliqué dans l'amélioration des conditions de travail dans un centre de logistique.
Les portraits d'enfants sont magnifiques dans leur naturel, dans la joie, avec leur tante ( Laetitia Dosch, vue dans
Gaspard va au mariage) ou dans le désespoir. Tous les personnages contribuent à tisser sobrement ce contexte social et familial dans un style vrai qui emporte l'adhésion.

jeudi, octobre 11, 2018

L'Amour flou


Autofiction, sépartement, démariage... Il faut inventer des mots pour parler de ce film réalisé par l'ex-couple d'acteurs Romane Bohringer et Philippe Rebbot et composé dans l'impulsion; les premières images du film ont été tournées avant même que l'équipe de production ne se mette en place et le casting se résume essentiellement aux deux familles du couple.
L'aspect communautaire, hippie aurait-on dit au siècle dernier, de leur mode de vie bohême et  anti-conformiste (comme le souligne le psy scolaire), avant même qu'ils ne se séparent, ne permet pas de généraliser la conclusion qui s 'avère positive pour eux de choisir une séparation floue. La question du parti du "trancher net"  reste entière pour des familles plus traditionnelles.
Cette intimité avec la vie réelle du couple crée un malaise lié à un sentiment d'intrusion puisqu'on les voit tourner ensemble leurs propre rôles. Des mots très blessants et leur sentiment profond de mal-être montrent qu'un fossé profond s'est creusé entre eux. Est-ce la part de fiction ? Ou leur travail commun permet-il une complicité qui n'est pas mentionnée ? Le couple Bacri/ Jaoui tourne et écrit lui aussi  alors même qu'il s'est séparé à la ville, mais pas sa propre histoire!
Bien des critiques et des spectateurs semblent être tombés sous le charme de ce floutage qui ne m'a pas convaincu, de même que les petites saynètes « divertissantes » telles les rencontres avec l'ami des chiens ou le vérificateur de fenêtres.

mercredi, octobre 10, 2018

Voyez comme on danse


Seize ans  après Embrassez qui vous voudrez, Michel Blanc écrit et réalise ce vaudeville qui reprend les personnages imaginés par l'auteur de Vacances anglaises, Joseph Conolly. Considérer le film comme une suite induit nécessairement une comparaison réductrice alors que le réalisateur revendique ici une œuvre plus personnelle pour laquelle il a sélectionné à sa guise les personnages et les acteurs qui les interprétaient. Il y met toutes ses qualités de dialoguiste percutant.
Trois femmes d'âge mur que les fêlures de la vie ont rendu respectivement philosophe (Charlotte Rampling), survoltée (Karin Viard) ou implacable (Carole Bouquet) mènent la danse.
Les rebondissements sont nombreux, dont certains inutiles et la subtilité fait parfois défaut particulièrement pour le rôle de Jean-Pierre Rouve . C'est un film qui illustre bien les les écueils du film choral mais on y rit beaucoup même si la société qui y est dépeinte est inquiétante.
Et le dernier quart d'heure nous emmène dans un cercle plus apaisé, plus humaniste.
La critique presse est toujours bien sévère avec les comédies !

dimanche, octobre 07, 2018

Un Peuple et son roi


Ce film est aux antipodes d'une saga historique de la révolution française ; les événements relatés se déroulent effectivement entre la prise la Bastille et l'exécution du roi mais ils nous sont restitués par le prisme d'une poignée de quelques citoyens du faubourg Saint Antoine.
Parmi ceux-ci, figure un couple improbable d'une lavandière (interprétée avec la vigueur d'Adèle Haenel ) qui va porter haut et fort (bien sûr!) la bannière de la revendication de la démocratie, même pour les femmes, à la manière de la Marianne de Delacroix et d'un ex-voleur de poules incarné par Gaspard Ulliel dont le personnage est totalement onirique et le jeu inadapté au contexte. L'autre couple est plus traditionnel, plus crédible avec Olivier Gourmet en souffleur de verre et sa femme (au foyer) Noémie Lvovsky, tous deux humanistes, plus naturels dans leur recherche de liberté mais dont le scénario ne leur épargne pas le risque du mélo.
Mais le titre résume bien le déroulement des événements le peuple se réjouit de la prise de la Bastille et la scène où le soleil perce enfin une fois le sommet de la tour tombée est symbolique. Il aime son roi avant que celui-ci ne fuit car Varennes marque définitivement le tournant de sa triste destinée. L'importance de cette déception du peuple les conduira en juillet 991 au Champ de Mars et à la fusillade qui en suivra, illustrée bien pauvrement dans le film.
Louis XVI est interprété sobrement par Laurent Laffitte et il semble avoir inspiré le réalisateur qui nous offre là ses meilleures scènes, en particulier sa confrontation cauchemardesque avec les précédents rois de France dont Louis-Do de Lencquesaing en Roi Soleil !
Parmi les bons moments de cinéma, il faut noter les débats à l'assemblée constituante qui devient la Convention Nationale après la prise des Tuileries le 10 aôut 1792  marquant le début de la Terreur ; ils sont tour à tour intéressants, drôles et instructifs (ainsi le passage au vote nominatif de tous les députés qui doivent se prononcer sur la mort du roi). Des noms célèbres prennent le visage familier d 'un acteur, Louis Garrel en Robespierre ou l'interprète de Marat fidèle au portrait du tableau de David de nos livres d'histoire.....
Dommage que le parti pris du réalisateur d'éviter les travers de la superproduction et d'incarner le peuple en nous attachant ( ou pas) à  de futurs citoyens libres nous brouille vraiment le déroulement logique et historique en leur donnant la priorité dans des scènes répétitives ou intimistes .

Leave no trace


La jeune actrice néo-zélandaise Thomasin McKenzie choisie pour interpréter l’héroïne du nouveau film de l'américaine Debra Granik qui avait lancé la carrière de Jennifer Lawrence dans Winter's bone aura-t-elle la même chance ? Elle le mérite car elle assure le rôle  avec beaucoup de grâce, de  naturel et de détermination, une jeune sauvageonne qui va s'émanciper de la tutelle de son père tout en respectant les valeurs qu'il lui a léguées.
Sa survie dans la clandestinité, qui était pour l' adolescente un apprentissage réussi et bien géré par son père, va être vécu ensuite comme une fuite pesante et aléatoire lorsqu'elle va connaître le besoin de créer des liens et de vivre en société. Une vie dans le monde normal que ne peut lui offrir son père un vétéran du Vietnam à jamais traumatisé, prêt à presque tout par amour pour sa fille mais incapable de supporter mentalement le lien d'une communauté.
La communauté qui accueille finalement les fugitifs est celle de vieux hippies reconvertis dans l'exploitation du bois ; l'occasion pour la réalisatrice de retrouver l'actrice Dale Dycker et de décrire un microcosme qui vit en accord avec ses idées. L'amour de la nature et le sens de l’entraide sont prônés comme une alternative à la désertion d'un monde par trop urbanisé et "consumérisé". Cette fraternité s'élargit au monde animal qui apporte à la fois la nourriture (le miel bien sûr pas la viande) et le réconfort psychologique
L'idéologie est véhiculée par des acteurs justes, sans mélo, les photos sont belles et la nature expressive : la nature riche, ménageant des caches et des abris quasi-confortables dans le parc national proche d'Oakland en Oregon se fait hostile plus au Nord dans l'état de Washington lorsque la jeune fille subit la décision de son père de fuir ; elle devient alors adulte puisqu'elle passe du statut de protégée à celui de protecteur.
C'est une très belle histoire d'émancipation où la violence sociologique et les émotions sont contenues les rendant d'autant plus fortes.



samedi, octobre 06, 2018

Frères ennemis


Ce thriller intimiste et réaliste nous fait entrer en immersion dans la vie quotidienne du monde du trafic de drogue, côté cour et côté jardin puisque ces frères ennemis sont respectivement flic et narcotrafiquant.
Son réalisateur français, comme son nom David Oelhoffen ne l'indique pas, a déjà tourné avec la plupart des acteurs tenant les rôles-clé, notamment Reda Kateb (le flic des stups), Nicolas Giraud (le flic de la crim) et Adel Bencherif (Ibrahim, l'indic) ; il les dirige parfaitement dans un contexte qu'il a infiltré longuement avant de tourner et aborde une nouvelle fois un thème qu'il avait déjà illustré dans Loin des Hommes. Ce thème de l'amitié ou de la fraternité entre deux hommes, flic et voyou que tout oppose mais dont les racines obligent à se faire face ou à s'accepter est un peu éculé et pouvait faire craindre de revoir par exemple Les Liens du sang. Mais ici l'approche est fluide, naturelle, la tension est palpable mais le ton est juste, sans grandiloquence.
Cette réussite tient pour beaucoup  à l'extraordinaire empathie que suscite Reda Kateb, couronné meilleur second rôle en 2014 pour Hyppocrate et déjà repéré par Jacques Audiard pour Un Prophète en 2009 . C'est aussi Jacques Audiard  qui nous a fait découvrir Matthias Schoenaerts dans De Rouille et d'Os pour lequel il a été consacré meilleur espoir. Son interprétation est moins sobre que celle de son « frère », peut-être un peu trop d’œillades de ce bleu limpide qui lui a valu des rôles très romantiques ou pour coller à son personnage plus primaire que celui du flic ?
La beauté des photos des paysages urbains, de jour comme de nuit, en proche banlieue ( Les Lilas, Romainville, ce n'était pas gagné) montre aussi le soin apporté à cette réalisation qui nous permet de jouer aux gendarmes et aux voleurs presque « pour de vrai ».

vendredi, octobre 05, 2018

Les Frères Sisters


Dans ce western atypique, Jacques Audiard n'a pas voulu tourner aux USA et nous épargne indiens et cow-boys pour nous conter une histoire de chercheurs d'or où le métier de chimiste permettrait de faire fortune !
Ce film est né de sa collaboration (et on doit même dire d'une complicité à la vue du résultat) avec John C. Reilly qui s'était enthousiasmé pour le livre du canadien Patrick de Witt. Il y tient le premier rôle et sa bonne bouille lui permet d'incarner magnifiquement le rôle du gentil tueur qui s'est trompé de métier . C'est lui qui a permis en assurant la production d' y associer deux acteurs américains de premier plan : Joaquim Phoenix et Jake Gyllenhaal.
Le parti pris intimiste du réalisateur nous invite à entrer dans la tête de quatre individus embarqués finalement dans une aventure commune dont les personnalités et les objectifs vont s'affronter, avec des dialogues très construits . Ces pérégrinations psychologiques n'excluent pas une violence omniprésente dans la forme et dans le fond créant une tension caractéristique de ses films ( Un  Prophète). Pour rassurer les âmes sensibles les scènes n'atteignent cependant pas la limite du supportable comme dans Les Huits Salopards de Quentin Tarentino!
La fin peut surprendre puisque elle rejoint le conseil moraliste voltairien du « cultiver son jardin » .
Beauté des images, psychologie, aventure, histoire et morale constituent ici un cocktail épicé et revigorant pour cette rentrée cinématographique !


lundi, octobre 01, 2018

Thunder road


Grand Prix du Festival du cinéma américain de Deauville, ce premier long-métrage réalisé par un jeune acteur inconnu Jim Cummings crée du début à la fin une impression de malaise (normal il s'agit d'une interminable descente aux enfers d'un policier texan violent en burn-out) mais aussi de gêne.
Certains y voient un humour acide et même de la tendresse combinés à une performance d'acteur dans un scénario qui dénonce une Amérique vacillante...Sûrement, mais le choix du réalisateur, un one-man show intégral puisqu'il produit lui-mêm et en compose aussi la musique, confère à cette « dramédie mentalement perturbée son flot compulsif et dissonant, en équilibre périlleux entre résilience et précipice » (citation extraite de la revue Troiscouleurs de MK2).


mardi, septembre 18, 2018

Sofia


La réalisatrice et scénariste franco-marocaine Meryem Benm'Barek a présenté son premier long métrage à Cannes dans la section Un certain regard où il a reçu le prix du scénario .
Elle nous illustre avec force et émotion la loi qui punit les femmes enceintes hors mariage. Le regard qu'elle pose sur la société marocaine est sans appel bien résumé dans une scène entre la tante Leila qui tire les ficelles ( interprétée avec conviction par l 'actrice belge Lubna Azabal) et sa nièce « l'héroine » résignée mais déterminée de cette histoire sordide.
C'est un film dur, quasi-désespérant....

dimanche, septembre 16, 2018

Mademoiselle de Joncquières


Les deux interprètes choisis par Emmanuel Mouret, Cécile de France et Edouard Baer, nous permettent vraiment de « déguster » cette adaptation d'un passage du roman de Diderot Jacques le Fataliste.
Le réalisateur réussit à mettre en valeur à la fois la modernité et l'écriture du philosophe, en lui gardant son élégance et sa liberté de ton ( ce roman comme La Religieuse ne fut publié dans son intégralité que 12 ans après sa mort). Mais à la différence de Jacques Rivette, considéré oh combien scandaleux à l'époque, cette adaptation de Madame de la Pommeray ( qui avait été aussi adaptée en 1945 par Robert Bresson sous le titre Les Dames du Bois de Boulogne avec Maria Casares dans le rôle phare), la mise en scène se fait légère, poétique pour en accentuer le côté marivaudage.
La grâce de Cécile de France ne peut absolument pas nous la faire assimiler à Madame de Merteuil, même si les situations sont souvent parallèles (et le thème social absolument identique sur la place de la femme dans la société du XVIIIème siècle). Choderlos de Laclos avait-il-lu des épisodes du roman de Diderot paru en feuilleton dès 1778 (Les Liaisons Dangereuses sont publiées en 1782) ?
On retrouve le même plaisir que dans les meilleures versions des adaptations de ce fameux roman. Merci donc à Emmanuel Mouret pour avoir osé et une nouvelle fois réussi  à nous faire entrer dans son interprétation actuelle du marivaudage!

jeudi, août 30, 2018

My Lady


C'est un film britannique classique, que le couple des deux acteurs formé par Emma Thompson et Stanley Tucci met particulièrement en valeur ( et vice versa).
 Le thème de l'éthique relatif aux jeunes malades aurait pu être traité de façon trop lacrymale ( les premières scènes nous plongent directement au cœur d'un jugement douloureux), il n'en est rien et la Juge se comporte en vrai pro et en grande dame.
Pour éviter le côté trop théorique et trop froid , le film nous emmène vers les chemins de la poésie , un peu martelée il est vrai, et le personnage de l'adolescent romantique et torturé vient apporter le coté sentimental  pour nous rappeler que même sous la perruque et le formalisme, les britanniques se posent eux aussi les questions existentielles
.

Burning


C'est un beau film, mystérieux, poétique mais aussi très ancré dans la réalité de la société coréenne en ville et à la campagne... Pourquoi se sent-on si désemparée à la fin, au point que l'on se demande s'il ne faut pas aller à la séance suivante pour essayer de capter plus de signaux pour comprendre la seconde moitié du film ?
Mais non, il a suffi de lire l'interview de son réalisateur sur Télérama ! Lee Chang-Dong ( dont nous connaissons Poetry), nous y explique qu' un film doit susciter l'imaginaire, « comme un oignon il convient pour le spectateur d'en éplucher les couches successives ». Cette lecture confirme aussi les différentes pistes sur lesquelles notre imaginaire et nos références cinématographiques nous avaient amenée,(ouf!).
Le cinéma « abstrait» est un exercice exigeant mais captivant...et je me garde bien de toute cotation, c'est beaucoup trop subjectif!

lundi, août 27, 2018

BLACKKKLANSMAN- J'ai infiltré le KLU KLUX KLAN


Un « grand » film typiquement américain, avec ses caractéristiques : raconter une histoire vraie, défendre des valeurs, s'inscrire dans la marche de l' Histoire et mettre en valeur un couple d'acteurs connus (j'avais déjà rappelé ces must dans ma critique de Pentagone Papers).
Il a permis à son réalisateur Spike Lee de décrocher le Grand Prix du festival de Cannes 2018, non sans quelques réserves de critiques qui jugent le film manichéiste où l'humour est répétitif ...ce que l'on ne peut que confirmer !
Un cinéma « martelé et engagé », nécessaire pour rester dans la continuité d'un combat toujours d'actualité comme nous le rappelle le cinéaste qui termine par les émeutes de Charlottesville et dédie son film à une jeune femme qui y a perdu la vie.

The Guilty


C'est un film danois, donc sobre, minimaliste comme il se doit. Ici à l'extrême puisque ce cinéma là ne montre rien : on écoute et on est en empathie complète avec le personnage principal (et quasiment unique acteur, les autres ne sont que des figurants pour créer le contexte, un centre de traitement des appels au 112). Pour le reste, comme ce policier nous devrons imaginer la situation et essayer avec lui d'élaborer une stratégie d'action....L'histoire d'enlèvement ne nous paraît donc pas fabriquée, imposée, on est, nous aussi, dépendant de l'écran et des téléphones, seuls éléments pour relever le défi et corriger nos erreurs de parcours.
Pour son premier long-métrage, le réalisateur Gustav Moller nous livre un polar vraiment original et parfaitement maîtrisé techniquement, dont l'interprète Jakob Cedergren est bien éloigné du gentil policier qu'il incarne dans la série télévisée Meutres à Sandham .

dimanche, août 26, 2018

Le Monde est à toi


Il faut accepter de se laisser embarquer dans un monde qui n'est certes pas à moi mais qui nous est croqué avec humour, verve et subtilité. (un film punchy doit-on dire pour rester dans le style du réalisateur Romain Gavras qui nous vient du monde du clip ).
Le personnage principal, François, interprété par Kelim Leklou est attachant (comme dans Coup de chaud où il jouait le rôle principal), juste dans son interprétation et il est brillamment accompagné par tous les seconds rôles. On retrouve l'interprète époustouflante ( comme le film ) de Divines : Oulaya Amamra, une fille qui n'a pas froid aux yeux disait-on autrefois, qui ira loin, dans le scénario et sûrement au cinéma aussi ! Les acteurs qui ont pignon sur rue tels que Vincent Cassel, incroyable dans un rôle à contre emploi, Philippe Katerine en avocat très spécial et bien sûr François Damiens irrésistible en «  sauveur » d'immigrants.
C'est une comédie féroce, amorale et impitoyable pour les mères castratrices ; Isabelle Adjani y fait un retour fracassant dans ce rôle mais je n'ai pas réussi à adhérer au parti pris outrancier du personnage et/ou de son interprétation.
Cette comédie française est à découvrir pour la nouveauté du ton, la vivacité, l'aspect sociologique et le scénario, mais attention il faut s'accrocher dès les premières scènes, cela va dans tous les sens et on en a plein les yeux et plein les oreilles !

jeudi, avril 05, 2018

A l'heure des souvenirs


Le réalisateur Ritesh Batra (The Lunchbox) a eu carte blanche pour adapter le roman de Julian Barnes Une Fille, qui danse mais c'est parfois avec maladresse qu'il enchaîne les flash-backs de la vie estudiantine de ses personnages aujourd’hui sexagénaires interprétés par des acteurs différents bien sûr ; tout le monde n'a pas le talent de Spielberg qui sait si bien réaliser un montage où la fluidité entre un personnage réel et son avatar virtuel est totale !
On reste donc un peu sur sa faim par rapport à un sujet qui était prometteur (quel tri de nos souvenirs fait-on inconsciemment ou non au fil des années ?) mais la subtilité de l'interprétation de Jim Broadbent, son humour et son art de « l'understatement » nous charment malgré tout . On prend plaisir aussi à reconnaître les acteurs anglais des films tels que Match Point et/ou de la série Downtown Abbey.

dimanche, mars 11, 2018

EVA


Gaspard Ulliel sauve ce qu'il peut dans ce mauvais film de Benoît Jacquot, un réalisateur que j'apprécie et qui pourtant réunissait pas mal d'atouts : son thème de la culpabilité tiré d'un roman noir de James Hadley Chase, son actrice fétiche Isabelle Huppert.
Mais c'est plat, répétitif, cela sonne faux.... Et pourtant le jeune acteur qui semble une fois encore se mettre dans les pas de Pierre Niney (comme si nous n'étions pas déjà convaincus après son interprétation de Yves Saint-Laurent qu'il nous émeut plus au cinéma ) qui interprétait un personnage usurpateur d'un roman dans Un Homme idéal , nous prouve son talent .
Mais un point positif, je vais visionner le film original de Joseph Losey (1962) avec Jeanne Moreau dans le rôle titre.

samedi, février 24, 2018

Phantom thread

Le réalisateur américain prodige Paul Thomas Anderson qui fait partie pour la journaliste Saron Waxman des Six Samouraïs qui ont réveillé Hollywood , nous avait éblouis avec There will be blood.
C
e nouveau film pourrait être un autoportrait avec ce personnage névrosé d'un grand couturier anglais, inspiré par l’œuvre des couturiers Charles James et Balenciaga. Et dans son interview à Télérama il dit aussi en avoir eu l'idée alors qu'il était malade et qu'il mesurait combien alors il était dépendant de l'affection de ses proches....
Il a cumulé ici le rôle de réalisateur et de directeur de la photographie (superbe) et s'est entouré de son acteur de prédilection pour incarner des pervers torturés, Daniel Day-Lewis (impeccable) et a collaboré à nouveau avec le guitariste de Radiohead Johny Greenwood pour créer une symbiose entre musique et atmosphère tourmentée et inspirée.
Comme tous les« Grands » il s'inspire des Maîtres et les cinéphiles avertis ne manquent pas de citer les références à Hithchcock ( Rebecca pour le personnage de la sœur alias mrs Denver ), Visconti (pour l'évocation du fantôme de la mère)......
Le titre est aussi sophistiqué que la réalisation puisqu'il évoque le « fil invisible » des messages cousus dans les ourlets pour les porteurs des œuvres uniques créées par l'artiste.

Au final, comme les robes du créateur, ce film impressionne plus qu'il ne charme et n'émeut, comme si chaque plan magnifique (en particulier les deux scènes de « dégustation » , le breakfast dans l'auberge et la fameuse omelette) était sous-titré avec la mention « attention chef-d'oeuvre ». Mais pourquoi se priver de voir de beaux et grands films même si on ne rêve pas de s'habiller en haute-couture ?

vendredi, février 23, 2018

Wajib, l'Invitation au mariage

Cette journée dans Nazareth en compagnie d'un père et son fils ( au cinéma comme dans la vie) qui vont distribuer de porte en porte le faire-part (wajib) d'invitation au mariage de leur fille et sœur permet à ce film d'être à la fois intimiste et sociopolitique.
Sa réalisatrice palestinienne, émigrée aux Etats-Unis nous invite bien sûr à partager sa réflexion personnelle sur la distance à prendre (géographique, culturelle et politique) avec le conflit israélo- palestinien et sur la cohabitation  dans cette grande ville arabe.
Mais elle sait aussi donner la dimension générationnelle à cette confrontation entre un père vieillissant et son fils émigré qui vont devoir entamer à nouveau le dialogue.

Un très beau film qui m'a laissée une impression plus apaisée que l'Insulte (que j'ai trouvé plus formel, moins feutré) malgré le mal-être très bien exprimé et ressenti.

mardi, février 20, 2018

Le Retour du Héros

 Jean Dujardin en anti-héros d'opérette, c'est un rôle dans lequel il est à l'aise et pour lequel nous nous précipitons pour participer à son show comme toute la bonne société provinciale sous l'Empire qui nous est ici reconstituée.... Mais cette roublardise joue cette fois pour moi en sa défaveur, j'ai mis trop de distance pour participer sans retenue, comme le fait Mélanie Laurent que l'on croirait ici sortir tout droit d'un roman de Jane Austen (pour notre plus grand plaisir) !

Jusqu'à la garde

Je ne connaissais pas le parcours du réalisateur Xavier Legrand dont c'est le premier long métrage mais qui avait déjà  fait un court métrage sur le sujet des femmes battues .... Le sachant je ne me serais pas fourvoyée.... tout comme Madame la Juge!
J'ai cru jusqu'à la scène du déjeuner chez les grands parents à de l'obstination et de la rancune de la part de la mère engendrant de  la colère et donc la violence contrôlée de son ex. Je n'avais pas vu la peur chez le petit garçon ne le considérant que comme un enfant manipulé alors qu'il essayait simplement de protéger sa mère ; un critique a du faire la même analyse car il conseille de revoir le film pour en faire une relecture en ayant tous les éléments  pour mieux apprécier le savoir-faire du cinéaste qui déroule implacablement la montée de la violence et pour mieux observer ce jeune garçon dont on ne peut qu'admirer le talent pour un rôle si difficile psychologiquement.

L'Apparition

Le réalisateur de A l'Origine,  Xavier Giannoli, journaliste de formation,  choisit de traiter sans manichéisme  mais avec le réalisme attaché à cette profession un sujet théologique : la Foi.
Dans ce scénario, si la Foi ne fait pas se déplacer  les montagnes, elle attire dans un petit village des Alpes du Sud des milliers de pèlerins qui viennent chercher du réconfort en vénérant une relique et en touchant «  celle qui a vu la Vierge Marie ».
Mais c'est surtout la souffrance qui est ici filmée, qu'elle prenne le visage tourmenté de Vincent Lindon ou le regard angélique de la jeune actrice Galatea Bellugi . Ces deux acteurs sont totalement investis dans leur personnage et le charisme personnel du journaliste interprété avec une telle intensité par l'acteur donne une dimension particulière et influence le déroulement des faits ( et fausse donc à mon avis un débat plus objectif sur le thème principal). D'ailleurs c'est tant l'enquête que la personnalité riche mais troublante du journaliste enquêteur et son parcours de reporter de guerre au Moyen-Orient qui vont porter la souffrance de la jeune novice à son paroxysme.
Et dans le même temps le spectateur va passer du sacré au profane, du documentaire sur une enquête canonique qui allait se révéler passionnante à une fiction genre thriller qui s'avère plus banale . Le mystère demeure bien sûr !

jeudi, février 08, 2018

L'Insulte

Pour nous inviter à nous intéresser à ce film sur le Liban réalisé par Ziad Doueiri on nous rappelle qu'il est le réalisateur de Baron Noir ….Pour moi sa référence est plutôt L'attentat (2013) mais ce qui est certain c'est que son parcours et sa filmographie confirment sa connaissance des fractures du Moyen Orient et sa grande pratique du drame politique.
C'est donc un film efficace pour comprendre les tensions du Liban d'aujourd’hui liées aux blessures du passé (je cite la critique du Nouvel Obs que j'ai trouvée très conforme à mon impression de ce film où j'ai vu aussi le «  basculement d'un sous-Asghar Farhadi ("la Séparation"), trop volontariste dans sa mécanique, à un film de prétoire plus convaincant ».

samedi, février 03, 2018

Wonder Wheel


C'est un film de genre style années 50, à la manière du Facteur sonne toujours deux fois, un film noir où personne n'échappe à son destin.
Le personnage central est une femme bouleversante, magnifique, théâtrale à laquelle Kate Winslet donne tout le registre de son talent comme Cate Blanchett avait donné à Blue Jasmine son empreinte indissociable du film lui-même.
Le décor de Coney Island était un atout mais son côté décadent et factice n'apportent pas le brio que l'on attend de Woody Allen ( comme dans Cafe Society) et l'humour est absent sans doute pour rester vraiment dans le style mélodramatique,  un exercice qu'il réussit sans toutefois y apporter vraiment cette fois une touche indélébile. 

vendredi, février 02, 2018

Gaspard va au mariage


Cette comédie sentimentale française joue la carte jeune, farfelue, déjantée et c'est plaisant . L'univers du zoo familial dans le limousin permet de nous étonner, de nous faire sourire ou tout simplement de nous promener à la lisière d'un bois dans la brume d'un petit matin .
On prend aussi plaisir à découvrir cette famille originale et à voir se recréer entre eux du lien.
Le réalisateur Antony Cordier sait nous communiquer son empathie pour cette fratrie qui va faire ensemble pendant cette semaine particulière, ce passage à leur vie individuelle d'adulte (et le père va lui aussi devoir s'accepter) ; les deux frères sont interprétés avec intelligence et malice par Félix Moati (vu dans Cherchez la femme) et Guillaume Gouix (meilleur espoir masculin en 2003 pour Les Lionceaux) .
Quant à Marina Fois, elle assume avec sérénité son rôle modérateur ( mais oui!) d' adulte sage dans ce monde un peu fou.